Château Dauzac

Tout le monde dans le monde du vin a entendu parler du phylloxéra, un puceron qui, au XIXe siècle, est venu d’Amérique du Nord et a dévasté la plupart des vignobles du reste du monde.

la plupart des vignobles du reste du monde. Ce ravageur malveillant est la raison pour laquelle, de nos jours, la plupart des vignes du globe sont greffées sur des porte-greffes américains, résistants à ce fléau. Il existe cependant des endroits où les vignes européennes peuvent encore survivre grâce à leurs propres racines : les sols volcaniques de Santorin et de Lanzarote, les terrains sablonneux de Colares près de Lisbonne, certaines parties de l’Australie et du Chili. Daktulosphaira vitifoliae, comme les scientifiques appellent le puceron, ne peut pas survivre dans les sols sablonneux car il peut difficilement se propager. On trouve également quelques rares exemples de vignes préphylloxériques partout dans le monde, comme les « Vieilles Vignes Françaises » de Bollinger en Champagne ou « La Vigna di Don Peppino » de Tenuta delle Terre Nere sur l’Etna. Ces vins sont rares et très prisés.

À LA RECHERCHE DU GOÛT ORIGINAL

Aujourd’hui, il y a de plus en plus de producteurs courageux (ou téméraires ?) qui commencent à établir de nouveaux vignobles sur leurs propres racines, comme, par exemple, en 2015, le Château Dauzac à Margaux a planté une parcelle de moins d’un hectare avec des vignes non greffées de Cabernet Sauvignon. La parcelle n’a pas été choisie au hasard. Les tests de résistivité électrique ont révélé une épaisse couche de gravier sur le plateau qui n’avait pas été plantée auparavant et qui n’était donc pas infectée par le puceron. Les boutures à planter ont été obtenues par une sélection massale rigoureuse des meilleures vignes de cabernet sauvignon de la propriété. La parcelle est gérée avec beaucoup de soin et de précaution. Laurent Fortin, directeur général du château, explique que toutes les machines et tous les outils sont désinfectés avant d’entrer dans la parcelle qui n’est accessible qu’à une seule personne, le chef de culture.

Les vignes sont conduites en biodynamie et taillées très tardivement pour retarder le débourrement et éviter les dégâts éventuels du gel de printemps sur les nouveaux bourgeons. Les vignerons du Château Dauzac ont remarqué que les vignes non greffées se développent d’une manière particulière. Les deux premières années, elles développent leur système racinaire et investissent leur énergie dans leurs racines nourricières, de sorte qu’il n’y a ni feuilles ni fruits. La troisième année seulement, elles commencent à produire une petite quantité de raisins. En général, ils donnent des grappes plus petites et plus compactes, mais le jus est dense et plus concentré. Le rendement est faible, environ 20 hl/ha, soit deux fois moins que ce que le château récolte sur les vignes greffées.

Le 13 octobre 2021, la parcelle a été vendangée pour la première fois. Le vin a été vinifié dans des amphores d’argile (dolias) produites au Pays basque français afin d’éviter toute influence du chêne sur le vin et de préserver le goût original des raisins uniques, mais aussi pour permettre un échange avec l’air à travers les pores du récipient. Les 400 bouteilles exclusives seront commercialisées en 2023. L’imposant flacon est gravé de deux dates : 1867 – année de l’arrivée du phylloxéra dans le Médoc et 2021 – millésime de la première récolte. On y trouve également les coordonnées géographiques exactes de la parcelle qui relient le vin à son lieu de naissance.

L’ASSOCIATION

Le Château Dauzac est un ajout relativement récent à la cohorte des grands producteurs de « franc de pied ». Thibault Liger-Belair possède une parcelle préphylloxérique plus que centenaire dans le Beaujolais et Alexandre Chartogne produit « Les Barres », un champagne 100% Pinot Meunier non greffé. Même dans le Bordelais, il existe des exemples remarquables, comme le Château La Vieille Chapelle, qui possède une parcelle de 0,3 ha de vieilles vignes non greffées de Merlot, Bouchalès, Castet et d’autres cépages oubliés. Dans les Graves, le passionné et énergique Loic Pasquer, l’enfant terrible de Bordeaux, produit son « Liber Pater », l’un des vins les plus chers du monde. Pasquet est la locomotive de l’association « Francs de Pied » qui réunit des producteurs d’Italie, de Grèce, d’Allemagne, d’Autriche, d’Espagne, du Portugal, de Suisse mais aussi des grands vins français comme le Château Dauzac. Selon Laurent Fortin, l’objectif principal du groupe est de partager les connaissances et l’expérience, car les producteurs ont besoin de redécouvrir les compétences perdues du travail avec des vignes non greffées. L’association a également déclaré qu’elle travaillerait à la reconnaissance de ce type de viticulture dans la législation européenne et qu’elle demanderait la classification de l’UNESCO.

UNE CHANCE POUR L’AVENIR OU UNE NOUVELLE UTOPIE

Les vignes non greffées ne font pas l’unanimité dans le monde viticole. Le professeur Attilio Scienza, l’un des plus éminents scientifiques italiens, est très sceptique à ce sujet. Il estime que planter des vignes sur leurs propres racines est dangereux et irresponsable, car tôt ou tard, même les terres vierges céderont aux pucerons. Ce n’est pas non plus une solution durable d’un point de vue économique, car il faudra rapidement replanter. Dans certains pays, comme l’Allemagne et la Géorgie, ce type de viticulture n’est même pas autorisé.

Le changement climatique n’arrange rien non plus. D’autres sont convaincus que la plantation de nouveaux vignobles non greffés à partir d’une sélection massale des anciennes parcelles préphylloxériques pourrait être une solution aux récents défis. Ces vieilles vignes, en atteignant cet âge, ont montré leur résistance et leur grande capacité d’adaptation. L’utilisation de ces boutures permettra d’accroître la diversité génétique et d’améliorer l’immunité générale des plantations contre les ravageurs et les maladies.

Il ne fait aucun doute que les débats sur la question de savoir s’il existe une réelle différence de goût entre les vins issus de vignes greffées et ceux issus de vignes non greffées sont intéressants, mais dans la pratique, nous avons besoin de davantage de recherches scientifiques et d’observations pratiques pour comprendre si le « franc de pied » peut être une option pour l’avenir et pas seulement une rare curiosité.

Château Dauzac

1 Av. Georges Johnston

33460 Labarde – France www.chateaudauzac.com

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