Domaine des Hospices de Beaune
L’un des plus vieux et célèbre domaine Bourguignon…
Commençons avec un peu d’histoire…
Les Hospices de Beaune furent fondées par Nicolas Rolin (Chancelier du Duc de Bourgogne Philippe le Bon) et son épouse Guigone de Salin à la fin de la Guerre de Cent Ans et plus précisément en 1443. « Moi, Nicolas Rolin… dès maintenant et pour toujours, je fonde et dote irrévocablement, dans la ville de Beaune, un hôpital pour les pauvres malades avec une chapelle… » (Nicolas Rolin, Charte de fondation de l’Hôtel-Dieu)
La volonté clairement affichée était donc de créer un centre hospitalier destiné à soigner les pauvres, les personnes âgées, les orphelins et les malades de l’époque. Ce dernier ouvrira pour la première foi en 1452 sous le nom de l’Hôtel-Dieu.
En 1457 a lieu le premier don en vignes, seule véritable richesse de l’époque, pour les Hospices de Beaune. Guillemette Leverrier fait don aux Hospices pour « dix ouvrées de vignes finage de Beaune lieu dit en Beaumont-le-Franc ». Deux ans plus tard Jean Plampays et son épouse font également don d’une parcelle de vignoble à Beaune. Ainsi la mécanique était lancée ouvrant la porte à de nombreux autres dons qui ont suivi.
En ce qui concerne la vente des produits de la vigne (le vin) il n’a pas toujours était fait grâce au système des enchères. N’étant, jusqu’en 1859 pas figées les ventes pouvaient avoir lieu à l’amiable jusqu’à la Révolution Française puis par soumission.
En 1859 la vente aux enchères s’est définitivement imposée comme procédure de mise en vente des vins des Hospices de Beaune. En 1924 la date est même fixée à chaque troisième dimanche du mois de Novembre. En 2005 souhaitant garantir une parfaite organisation ainsi que voulant confier l’organisation à des spécialistes du secteur les Hospices de Beaune se tournent vers la célèbre maison de vente Christie’s (1ère maison de vente aux enchères au monde) pour l’organisation de la 145ème édition et des suivantes
Focus sur Ludivine Griveau, régisseur du Domaine des Hospices de Beaune : Pourquoi avoir fait le choix de faire du vin, de devenir ingénieur et oenologue ?
« Je crois que c’est le métier de la vigne qui m’a choisi. Il n’y avait effectivement rien qui me prédestinait à faire ça. J’ai fait des études scientifiques, ma famille n’est pas issue du secteur viticole et n’a pas de lien particulier avec le vin à part la passion pour la très bonne gastronomique et les bons vins. Je côtoie ça depuis longtemps mais pas dans la partie technique, ni production. Je suis venue aux métiers de la vigne et du vin au fur et à mesure de mes études et expériences. C’est un concours de circonstance et comme je ne crois qu’assez peu au hasard je suis bien obligée d’admettre que mon chemin d’étude s’y portait. Après un baccalauréat scientifique j’ai fait des études d’agro-alimentaire, puis de l’agronomie, suivies par des études d’évaluations sensorielles et d’oenologue pour finir par mon premier travail dans un vignoble. Au final la passion m’est venue petit à petit…»
Pourquoi avez vous choisi de faire du vin en Bourgogne et non dans une autre région ?
« Parce que je suis Bourguignonne même si j’aime et je bois aussi des vins d’ailleurs. Je ne suis pas du tout enfermée dans un style de vin, dans une région mais travailler le Pinot Noir et le Chardonnay c’est ce que je sais faire et ce que j’aime faire. J’ai grandi ici, ces deux cépages, les vins de Bourgogne sont mes racines. »
Si tu devais résumer ta passion pour le vin en 3 ou 4 mots que dirais-tu ?
« Je dirais : le plaisir, le partage et la rigueur. Il faut être hyper rigoureux car comme dans tous domaines pour faire de belles choses, de beaux vins c’est obligatoire d’être très rigoureux. Et puis pour compléter je dirais que le vin c’est beaucoup de travail à la vigne ! »
Quelle est la signature de tes vins ? Qu’est ce qui permet de reconnaître tes vins, ta touche en dégustation à l’aveugle ?
« C’est vraiment une question difficile mais ce qui est bien c’est qu’au demeurant cela force à la réflexion. C’est surtout les consommateurs, les connaisseurs qui devraient répondre à cette question plutôt que moi car c’est surtout inconscient. Ce que j’espère retranscrire dans les vins que j’élabore c’est la passion. Je pense que je fais des vins qui ont du peps et surtout, car c’est primordial pour moi, respectueux de leurs terroirs.
C’est assez paradoxal finalement avec l’intitulé de la question car c’est précisément pour ça que l’on n’a pas des vins avec sa propre signature si c’est le terroir qui prend le dessus ! Au final ma signature pourrait être de ne pas en avoir mais que les vins soient marqués par leurs terroirs.
Après on en a forcément, j’en ai bien conscience mais de là a la décrypter, à dire ce que la caractérise ou à mettre des mots dessus c’est plus compliqué pour moi. Il faut peut-être mieux demander à ceux qui les goutent. »
Si demain tu as la possibilité d’avoir un vignoble et de produire ton propre vin quelle région choisirais tu ? Aimerais tu faire ton propre vin ?
« Oui bien sûr que j’aimerais ! Si c’est en France je dirais que c’est incontestablement en Bourgogne. Si c’est dans un autre pays ça serait en Italie puisque mes racines paternelles sont italiennes et ça m’y pousse un peu. Je suis assez Bourguignonne pour en aimer toutes les côtes mais j’ai tout de même un petit penchant pour la Côte de Beaune. C’est tout de même là que j’ai fais mes armes, que j’ai commencé, que j’ai appris donc j’ai un certain attachement pour la Côte de Beaune. »
As-tu une petite anecdote à nous livrer ?
« Oui, à vrai dire j’en aurais même deux, une sur les Hospices de Beaune et une sur ma carrière.
Le premier matin où j’ai pris mes fonctions Mr Antoine Jacquet m’a accueilli en me rappelant : Avant tout n’oubliez jamais que vous travailler pour un hôpital !
La deuxième est plus vaste, plus générale et concerne mon parcours professionnel. Le jour où après avoir terminé mes études et mes différents stages je me suis vraiment dit, voilà moi je veux faire du vin. Je veux être à la production, les pieds dans la vigne et non à la commercialisation, à l’administration. Tout ça notamment grâce à un vigneron de Pommard à qui je souhaiterais rendre hommage, Mr Virely. »
As-tu des projets pour le Domaine des Hospices de Beaune ?
« Oui plein de projets ! Sans ordre d’importance, sans hiérarchisation je dirais continuer de travailler dur au vignoble, continuer de mener une politique d’encépagement vraiment déterminée, adaptée à chaque sol en prenant le temps de réfléchir et de faire les choses au mieux. Ca c’est un beau projet ! Mais il est vaste car les campagnes d’arrachage et de replantation doivent être menées dans une certaine réflexion. Il ne s’agit pas que d’arracher pour arracher mais aussi de bien replanter. Et puis il y a des considérations économiques à prendre en compte aussi…
J’ai également vraiment envie d’avancer avec mon équipe sur les qualités de pulvérisation. J’espère qu’ils m’entendront aussi car ils ont le libre choix de s’équiper comme ils le souhaitent. Toutefois j’espère qu’ils ont conscience qu’il faudrait que les investissements menés par (et pour) eux par la suite passent par l’acquisition de matériels plus pointus et plus performants (enjambeurs, tracteurs…). »
Remerciement à Ludivine Griveau pour son chaleureux accueil.
Choukroun Chicheportiche Jonathan
Domaine des Hospices de Beaune
Rue de l’Hôtel Dieu
21200 Beaune
03 80 24 45 00